Fabien Clauw était un habitué du FIFAV depuis plus de dix ans. A sa manière, au fil des éditions il était devenu un « ambassadeur » du festival, fidèle et bienveillant, passionné, pugnace et talentueux. Il nous laisse en huit tomes, une saga historique et maritime magistrale, portée par un panel de personnages hauts en couleur, au premier rang desquels figure le désormais célèbre Gilles Belmonte. Fabien va laisser un vide proportionnel à l’ampleur des aventures de son héros favori. En 2025, Stéphane Frémond – Président du FIFAV – avait eu le plaisir de préfacer le dernier opus de la saga. Il avait saisi l’occasion de relater la belle aventure humaine et littéraire qui liait Fabien et le Festival. Nous vous partageons le texte de la préface ci-dessous, en son souvenir.
C’est une immense tristesse que de le savoir parti. Nos pensées vont à ses proches, à sa famille, sa femme et ses deux enfants.
LE CORSAIRE DE BORDEAUX
(Tome 8 des Aventures de Gilles Belmonte)
Préface
Il y est question d’histoires, au pluriel. De la grande histoire convoquée avec maestria par l’auteur, de l’histoire romanesque, la fiction maniée avec brio, enfin de l’histoire de ce projet d’écriture un peu fou, devenu saga au long cours.
Fabien Clauw est marin, skipper, coureur au large en ses jeunes années. Les gens de mer bien souvent, sont des durs au mal, des endurants, des passionnés, quelle que soit l’entreprise dans laquelle ils se lancent. Il n’échappe pas à la règle. Au début des années 2010, le futur écrivain toque à la porte de notre bureau situé dans le quartier portuaire de La Pallice, à La Rochelle. Il vient nous soumettre un film documentaire relatant son tour de l’Océan Atlantique à la voile. Le film réalisé avec les moyens du bord ne sera pas retenu dans la sélection du Festival International du Film et du Livre d’Aventure de La Rochelle (FIFAV) mais une chose est sûre : le garçon ne laisse pas indifférent, il a du charisme et une vivacité d’esprit qui ne trompe pas. Ce jour-là il n’a pas abattu toutes ces cartes…
En bon marin qu’il est, il va envoyer de la toile et filer au portant vers une aventure littéraire pour le moins singulière. La navigation au long cours, sorte de parenthèse de vie, nourrit l’esprit en plus de faire voyager le corps. Au gré de son périple Atlantique notre homme avait posé les bases d’un projet d’écriture. Naviguer, écrire, partager. Cela n’est pas sans rappeler la trajectoire d’un certain Gérard Janichon, idole iodée de bordées entières de marins, au premier rang desquels figure le père de Gilles Belmonte.
Au mitan des années 2010, Clauw débarque de nouveau dans notre réduit, cette fois-ci avec un livre sous le bras. Non pas un récit de voyage comme on aurait pu s’y attendre mais un roman historique. « Divine surprise ! » comme l’affirmait alors le rédacteur en chef de Voile Magazine. Le titre sonne comme un pavois claque au vent : « Pour les trois couleurs » est le premier né de la désormais fameuse saga dont vous tenez dans les mains le 8ème opus. Le roman édité localement peine à trouver l’écho qu’il mérite, nonobstant la débauche d’énergie du marin qui se fait terrien et s’en va courir les villes et campagnes alentours par les librairies, foires, salons et halls de grande surface pour faire découvrir et signer son roman.
En 2016, ledit roman figure dans la sélection du FIFAV et l’auteur campe cinq jours durant, l’espace librairie du festival installé cette année-là, comme un symbole au Musée Maritime de La Rochelle. Ses premiers lecteurs sont au rendez-vous et Fabien y rencontre une responsable des Editions Paulsen, qui repartira à Paris avec cette épopée dans son édition originale.
Cette rencontre avec les Editions Paulsen a été décisive. « Pour les trois couleurs » est retravaillé et réédité dès l’année suivante par la maison d’édition reconnue sur les thèmes du voyage, de l’aventure et de l’exploration. Fait notable, les Editions Paulsen n’éditent pas de roman à l’époque.
Alea Jacta est ! pour reprendre l’expression favorite du frère d’armes de Gilles Belmonte. Le cap est donné, le marin devenu écrivain ne le quittera pas et consacrera des nuits, à coucher sur le papier tome après tome les Aventures de Gilles Belmonte, assis à la table à carte du voilier familial (faisant office de maison) amarré dans le port des Minimes.
Les Aventures de Gilles Belmonte sont à Fabien Clauw ce que Tintin fût à Hergé ou Harry Potter à J-K Rolling. Une passion dévorante, une trajectoire littéraire.
La saga a été saluée par une garnison d’experts en tous genres, historiens, hauts-gradés de la Marine, journalistes, conservateurs de musée. Experts dont je ne fais pas partie. Je n’ai ni galons militaires, ni sens marin, ni connaissance pointue de cette période historique. Mais nul besoin de ces signes distinctifs pour apprécier cet opus des Aventures de Gilles Belmonte (et les précédents !). Il suffit d’aimer les histoires qui convoquent la grande histoire et l’aventure. Apprécier la finesse d’esprit de l’auteur qui au-delà d’un sens aigu du scénario, saisit l’occasion de mettre en miroir les époques. Celle des faits (entre Révolution et Empire) et le premier quart de notre XXIème siècle secoué par des soubresauts géopolitiques pour le moins inquiétants. Sans oublier les valeurs humanistes et sociales, caractérisant les principaux personnages, qui sabrent et canonnent à tour de bras certes, mais toujours avec panache et pour la bonne cause !
A sa manière et ici plus que jamais , Clauw se pose en corsaire du roman historique. Il se joue des codes, respecte la valeur des faits historiques, savoure la liberté de créer, assume les drames, vibre aux succès glorieux. Dans son sillage, nous naviguons de page en page, de Paris à la Bretagne, d’un bord à l’autre de L’océan Atlantique via Maracaïbo et l’Archipel des Açores ; au gré d’une entreprise périlleuse semée d’embûches, de faits d’armes et de rebondissements. En phase avec son époque, Clauw est doté d’une « IA » qui ne veut que notre bien. L’Intelligence Aventureuse.
Il manie le romanesque comme ses héros préférés (désormais les nôtres) manient la ruse, la camaraderie, leur navire ou le sabre. Quel fantastique univers que celui de l’imaginaire de l’écrivain posé en surbrillance d’une période historique qui compte parmi les plus épiques de l’histoire de France !
Il faut de la pugnacité pour mener à bien un tel projet d’écriture. D’autant qu’il serait trop simple que la réussite de celui-ci exempte son auteur d’avoir à affronter les tempêtes de la vie. Alors il faut faire face, se battre, faire bloc en famille et s’abandonner au corps médical. Parmi les qualités de l’auteur, le courage n’est pas des moindres. Ce courage lui permet de mener un combat au long cours. Un combat qui lui vaudrait sans nul doute le respect des héros les plus braves qui jalonnent les huit tomes de sa saga romanesque. De là à croire qu’il écrit comme il vit, exulté chaque jour par le soleil qui se lève, il n’y a qu’un pas !
Clauw est le capitaine de cette saga romanesque hors norme et je nous souhaite pour longtemps encore de compter parmi le grand équipage de ses lecteurs. Longue vie !
Stéphane Frémond
Co-fondateur et Président du Festival International du Film et du Livre d’Aventure de La Rochelle (FIFAV).


